À Lille et à Roubaix, le castelet et son jeu s’adaptent à de lieux exigus comme la cave ou le grenier. La scène est, par conséquent, étroite. De chaque côté de celle-ci, deux jeux de trois coulisses se font généralement face. Ce dispositif de coulisses latérales isole initialement les manipulateurs de la vue des spectateurs et permet aussi aux personnages de passer de l’une à l’autre grâce à l’habilité des montreurs.
Sur scène, la profondeur de champ structure l’espace en lui conférant une codification de jeu pré-établie : au premier plan les personnages principaux, en arrière-plan les personnages secondaires.
Dans le grand drame, on fait effectivement fonctionner des règles de jeu qui expriment une vision du monde très hiérarchisée de la société. Cependant dans le cas des «vaudevilles» ou des «boboches» - petite farce qui conclut traditionnellement la représentation -, cet ordre hiérarchique sera complètement inversée, accordant cette fois le premier plan aux héros des pièces populaires à l’instar de Jacques de Lille qui se retrouve alors sous les feux de la rampe.
Mais des cas particuliers vont faire émerger de nouveaux dispositifs qui très vite s’imposeront comme référence dans le milieu de certains montreurs de marionnettes de Roubaix notamment. En effet, désireux de présenter au public de grandes scènes de batailles qui bientôt deviendront une caractéristique propre à Roubaix, Louis Richard va s’employer à concevoir une scène de théâtre capable d’accueillir près d’une centaine de marionnettes.
Pour ce faire, il va donner priorité à la largeur de la scène en lui accordant une ouverture de près de six mètres. Cette scène sera dotée de trois plans de coulisses qui permettront l’entrée en jeu des différents protagonistes.
Sur cette initiative particulière et personnelle viendront s’établir parcimonieusement quelques principes typiques du théâtre roubaisien. Désormais, scène et mise en scène traduisent un parti pris partagé par un certain nombre de marionnettistes de l’époque qui consiste en une mise en situation égalitaire des différents protagonistes de l’action. Ainsi, tous les personnages de premier ordre ou secondaires, porteurs d’un discours, représentants de l’institution, héros populaires, comiques, traîtres... sont manipulés, à égalité, sur le même plan devant le décor de fond.
Ainsi à Lille comme à Roubaix, au coeur des drames ou des boboches, et plus précisément dans les règles de jeu, parfaitement maîtrisées, par Louis De Budt et Louis Richard se manifeste un art raffiné, presque élitiste et pourtant totalement destiné au public des quartiers ouvriers.