TECHNIQUES ET POSITIONS DU MARIONNETTISTE
Par rapport à sa marionnette, le manipulateur se situe donc soit au-dessous, au-dessus, à niveau (comme au Bunraku), dedans (masque recouvrant le manipulateur) ou de loin.
Ces cinq positions impliquent pour le marionnettiste de maîtriser deux espaces simultanément, l’espace réel de la scène où se pratique la manipulation et l’espace virtuel où est présenté le jeu de scène des marionnettes.
Jouer sous sa marionnette : la marionnette est ici animée par le bas. C’est le cas pour les marionnettes à gaine d’origine italienne. Ici l’acteur introduit sa main dans le corps en tissu de cette dernière, ce geste s’appelle « ganter » ou « chausser » une marionnette. Le marionnettiste travaille les bras en l’air afin d’être caché des spectateurs et doit veiller à ce que le bas de ses marionnettes sorte légèrement au-dessous du niveau supérieur de la base de son castelet. Dans le cas des marionnettes à tige manœuvrées également par le bas, la consistance de la main et ses mouvements n’existent plus, il faut y pallier par un renforcement du corps précisant les volumes en les affinant.
Ce type de jeu met l’acteur en retrait par rapport à la marionnette. Celle-ci semble s’échapper de l’emprise du montreur. En s’émancipant de cette tutelle, la marionnette fait mine de devenir indépendante.
Jouer au dessus de sa marionnette : la marionnette est ici animée par le haut. C’est notamment le cas pour les marionnettes à tringle et à fils. La manipulation est ici dite « surplombante », le montreur se tient debout sur un pont, un socle ou sur un banc, étant ainsi positionné au dessus de sa marionnette. Toutes les parties du corps de la marionnette sont actionnées par des fils attachés à un instrument appelé croix ou contrôle que le montreur manipule pour faire se mouvoir la marionnette.
Ce type de jeu réclame une véritable interaction entre le montreur et sa marionnette. Libérée de la pesanteur de la matière mais liée de façon invisible à son marionnettiste qui s’emploie à la rendre vivante, la marionnette s’emploie à créer l’illusion de la vie devant le spectateur qui, le temps du spectacle, consent à y croire.
Jouer sur sa marionnette : ce type de jeu implique l’acteur plus encore que la marionnette qui se présente comme un artifice. Cette forme se retrouve souvent dans le théâtre de table ou de papier où les figures sont au service du talent du manipulateur.
Jouer derrière sa marionnette : c’est un jeu équilibré entre le montreur et la marionnette, ni l’un ni l’autre ne prenant le dessus. Ils sont ensemble en interaction dans une expression de vie parallèle. L’expression passe rapidement de l’un à l’autre ou bien encore les expressions se complètent harmonieusement. Cette forme se rencontre dans les réalisations dites « masque sur la main » ou de « Bunrakus » manipulés à vue.
Jouer dans sa marionnette : ici un masque recouvre entièrement le manipulateur, il s’agit de prêter vie à un objet inerte. Aussi, le marionnettiste identifie sa marionnette avec les personnages qu’il lui fait incarner. Le manipulateur parvient ici à lui donner une vie singulière, à donner vie à un être à part entière.
Jouer à distance de sa marionnette : c’est la forme adaptée aux marionnettes télécommandées ou aux effets d’optique tels que les spectres. C’est la pratique de la dissociation des éléments à manipuler ; il faut pour le manipulateur suivre l’évolution du personnage dans le temps et dans l’espace.